Macromolécules : Kaufman et Broad est mort, vive Stradim !

KAUFMAN et BROAD n'est pas mort ; en revanche son projet de construction d'immeubles sur le site des Macromolécules, rue Boussingault, paraissait enterré.

Paraissait seulement ! Jusqu'au moment où nous apprîmes « par la bande » que le promoteur local STRADIM avait repris le projet ! Ce dernier organisait une réception au Sofitel le 29 avril dernier pour le présenter en grande pompe.


Pas plus que KAUFMAN et BROAD, STRADIM n'a eu la convenance (ou l'intelligence) de prendre l'attache de l'ADIQ. A l'heure où la concertation et la démocratie de proximité deviennent la norme, des promoteurs continuent à se comporter comme s'ils étaient seuls au monde.

En 2008 notre association s'est opposée à KAUFMAN et BROAD ; en effet les constructions projetées contrevenaient aux règles spécifiques d'emprise au sol dans le quartier des Quinze.


Car ce quartier a été conçu par la Municipalité d'alors selon le concept urbanistique de « cité-jardin ». Trois cités-jardins seulement existent à Strasbourg (voir encadré). On reparle en ce moment de celle du Stockfeld, au Neuhof, dont la Municipalité célèbre cette année le centenaire avec expositions, conférences, visites guidées et fêtes, et qui a été inscrite en 1996 à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques avant de bénéficier d’une restauration publique en 2005.


M. le Maire a d’ailleurs annoncé une extension du Stockfeld dans le respect de ce concept déjà vieux d'un siècle. L’Adjoint en charge de la politique d’urbanisme, M. Alain Jund, a déclaré (fort justement) que la cité-jardin du Stockfeld participait au maillage vert de la ville.


Alors on ne comprend pas pourquoi le même Adjoint n’adopte pas la même politique de préservation pour la cité-jardin du Conseil des Quinze, laquelle, de par sa situation centrale, participe au moins autant au maillage vert de la ville.


Au contraire s’obstine-t-il à vouloir lotir le site des Macromolécules, lequel va constituer un barrage de béton peint en blanc entre les maisons de la cité-jardin et l’eau du canal de la Marne au Rhin.


Non qu’il n’y ait pas barrage avec les bâtiments actuels, construits à une époque où la règle n’était malheureusement plus observée. C’était donc l’occasion de remplacer les constructions non-conformes par des conformes. Las ! On préfère rester dans le non-conforme.


Cette partie du quartier devrait donc être sacrifiée sur l’autel de la densification urbaine (notre édito en p. 2). Et s’il faudrait densifier, ce serait, d’abord, par « devoir » de répondre à la demande en logements à Strasbourg qui avoisinerait les 16000 à 18000.


Sans entrer dans le débat de savoir s’il existe un devoir en la matière (les logements non satisfaits à Strasbourg font le bonheur d’autres localités), il n’a jamais été dit ni su d’où proviennent ces chiffres ni comment ils ont été calculés, s’ils l’ont été…

 

Il semblerait en revanche que l’essentiel de la demande soit pour du logement social. Alors pourquoi construire du logement de luxe, ainsi que prévu aux Macromolécules ? Il est vrai que l’un des immeubles projetés sera de l’habitat social. Mais est-ce là du vrai logement social ? On peut en effet penser que les familles y seront sélectionnées officieusement, cohabitation oblige.


De ce qui nous a été rapporté, le promoteur STRADIM, lors de sa présentation au champagne, n’a pas « pipé mot » sur l’immeuble social. Tel le vilain petit canard, la maquette dudit immeuble avait même été couverte d’un « STRADIM » en gros… Le promoteur considère-t-il cette future cohabitation peu vendeuse ?


Il n’a pas plus mis en exergue que le beau côté, celui du canal de la Marne au Rhin, est orienté au nord, et qu’il n’y a pas de pièces à vivre de ce côté-là. Alors côté sud ? Non, là il y a la rue Boussingault, avec son trafic automobile dense. Les pièces à vivre ne s’ouvrent donc que sur les côtés est et ouest, avec vue imprenable sur les balcons des copropriétaires…


Le projet STRADIM est strictement celui de KAUFMAN et BROAD, car c’est une procédure de transfert du permis de construire qui a été choisie par les promoteurs et la Ville et qui a bénéficié d’un arrêté municipal d’autorisation.


Des immeubles dont l’architecture moderne, les toits plats végétalisés et les attiques, ne pourront que casser l’harmonie de la cité-jardin aux beaux toits pentus couverts de tuiles alsaciennes.

De l’incohérence à tous les niveaux, pourrait-on résumer.

 

Les Cités-Jardins à Strasbourg

Le concept de cité-jardin date de la fin du 19e siècle et a été développé par un urbaniste Anglais, Ebenezer Howard. Il consiste à réunir en un même lieu les avantages respectifs de la ville et de la campagne, dans des lotissements municipaux de maisons basses où le jardin tient toute sa place.

Au début du 20e siècle, la Municipalité de Strasbourg, pour les besoins de sa politique du logement, s'est constitué d'importantes réserves foncières. Elle lance trois cités-jardins en même temps (1911) sur ces réserves : celles du Quartier des Quinze, de la Meinau et du Stockfeld, chacune avec un objectif : du logement ouvrier pour les deux dernières, du résidentiel pour la première.


Parmi les quatre lauréats du concours d'architecture organisé par la Ville pour la cité-jardin du Quartier des Quinze figure l'architecte de la cité-jardin du Stockfeld, Edouard Schimpf.

 
Les cités-jardins du Quartier des Quinze et de la Meinau (cette dernière restée inachevée), ont heureusement conservé quelques-unes de leurs anciennes règles, à commencer par une emprise au sol des constructions de 25 % maximum permettant de respecter le concept de cité-jardin. Celle du Stockfeld a perdu cette règle mais a gagné la sécurité d’une inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
 
Ces îlots verts et aérés bénéficient à l’ensemble de la ville, à sa diversité urbanistique, à son image et à son attrait.

 

Un collectif d’associations de quartiers

Plusieurs associations de quartiers se sont réunies ces derniers mois à la Robertsau à l’initiative de l’ADIR afin d’échanger sur la politique d’urbanisation sous-tendant l’élaboration du PLU. Un texte a été mis au point sur la densification urbaine en particulier, laquelle est loin de faire l’unanimité. Des propositions ont été formulées et seront adressées à M. le Maire. L’ASSER de la Robertsau et l’ADIQ figurent parmi les signataires.


Quinze mai 2010

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